Parce que je désire évoluer dans un monde où chacun peut vivre sa vie comment il l'entend et en particulier adopter l'apparence physique qu'il souhaite en dépit de son sexe, de son genre, de son orientation sexuelle, du politiquement correct et des conventions sociales, j'annonce : ON VA PARLER DE PENIS, DE JUPES, DE TRANSEXUALITE ET PLEIN D'AUTRES TRUCS ENCORE. Si tu es con, tu peux partir directement (l'avantage c'est que comme tout le monde se croit intelligent, tout le monde reste). Peuvent aussi quitter cette page les gens fermés d'esprit et qui ne comptent pas envisager de serait-ce que trente secondes de changer d'avis. Bisous.
Aussi, pour ceux qui seraient d'ores et déjà tentés de répondre à quelques des mes arguments par "mdr cé facil de parlé com ça pour ceu ki son lesbienne ou gay étou aussi", j'annonce : Clara, seize ans, de sexe et de genre féminin, a priori (→ seize ans, rappelez vous) hétérosexuelle.
Donc.
Reprenons du début.
Cela fait maintenant quelques mois (j'ai envie de dire "quelques années" mais mon questionnement n'était pas exactement le même il y a quelques années de ça) que je me pose des questions au sujet de tout ça. Entre autres "comment les transgenres peuvent-ils savoir qu'ils sont en vérité homme/femme s'ils ne l'ont jamais été ?", "nous sentons-nous homme/femme parce que nous avons été élevés en tant que tels ou parce que quelque chose en nous définit notre genre ?", "finalement, ai-je vraiment l'impression d'appartenir à un genre particulier ?" et tout un tas d'autres trucs de la même veine.
Je me suis alors penchée sur le sujet, et suis un jour fortuitement (vraiment, à ce moment là je ne cherchais pas à me renseigner sur le sujet, il s'agit de pur hasard) (en vérité on se fout complètement de savoir comment je suis arrivée là-dessus) tombée sur le blog d'une personne postant des photos d'elle-même en jupe et talons aiguilles. Observant alors les photos, je me suis aperçue que ces jambes-là me semblaient d'anatomie particulièrement masculines : muscles et pilosité particulièrement développés, notamment. J'ai alors parcouru les autres articles, et ai obtenu confirmation : cette personne était un homme. Un homme qui portait des jupes.
Etant comme dit très intéressée par le sujet, je lui ai alors demandé s'il était d'accord pour discuter avec moi du sujet, ce qu'il a accepté de façon tout à faire cordiale (sincèrement, si vous passez par là, merci beaucoup de vos réponses).
Voici le résumé de cet échange : cet homme, marié et ayant des enfants, aime porter des jupes et des talons hauts. Il se sent cependant intimement homme et ne souhaite en aucun cas devenir une femme pour légitimer le port de ces vêtements. En raison des normes sociales actuelles, il se refuse cependant à se vêtir de la façon dont il lui plairait de le faire afin de se protéger d'éventuelles attaques (sérieusement, certaines personnes peuvent devenir violente pour une raison aussi stupide que "ce mec là porte une jupe") et surtout d'éviter à ses enfants une gêne, des critiques voire des problèmes plus graves dus au fait que leur papa porte des jupes.
Au terme de notre conversation, ce dernier a même ajouté que j'étais la première personne à entendre et comprendre ses problèmes.
La PREMIERE personne. Dans sa VIE. Dans sa vie ENTIERE.
J'ai été profondément dérangée par ces révélations. Parce que cet homme d'apparence tout à fait gentille et bienveillante vivait dans une certaine mesure sous un masque, devant se priver de sa personnalité et ce pourquoi ? Parce que la société d'aujourd'hui (oui c'est toujours "la société" mais que voulez-vous, je ne vois pas comment le dire autrement) refuse à cet homme l'expression de celle-ci.
Plusieurs questions me viennent à l'esprit quand je pense à toutes les personnes fermées d'esprit qui sont finalement à l'origine de ce mal-être :
Dans l'absolu (c'est à dire si la jupe n'était pas désignée comme étant un symbole de féminité, si tout ce qui était genré était "neutre"), en quoi le port d'une jupe rend-il un homme moins "homme" ? Je tiens tout de même à préciser qu'elles étaient considérées comme le comble de la virilité et de la virilité à la Renaissance (remémorez-vous une représentation picturale de François Ier... que porte-t-il ? Bingo) et qu'elle l'est encore dans de nombreux pays occidentaux tels que l'Ecosse (pas réellement puisqu'une fois encore garde à vous si vous définissez le "kilt" de "jupe", preuve qu'il est bien question de rapport à la féminité et non pas seulement d'esthétique).

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